Meurtre aux promotions

Un cadavre exquis rédigé par des VIP genevois pour la «Tribune de Genève»
Catherine Focas

Par Catherine Focas avec Laurence Bézaguet et Marc Bretton
Dessins: Patrick Tondeux

Enzo était énervé. Il s’était disputé avec son chef de rubrique le matin même, puis avec son rédacteur en chef. Tous deux avaient insisté. Il devait couvrir les Promotions de fin d’année pour son canard, Le Quotidien de Genève. Il leur avait pourtant bien expliqué qu’il travaillait à sa grande enquête sur les liens entre le blanchiment d’argent et le pouvoir politique, qu’il y avait un scoop à la clé, que c’était «du lourd». Mais rien à faire. Son chef, Grégoire, avait entamé le sermon habituel: un localier doit pouvoir passer d’un sujet à l’autre, du fait divers au reportage, de la judiciaire à la politique, de la super-enquête à… la Fête des écoles, justement.

Pâle comme la mort

Il n’avait même pas ri. Il était parti furieux. Jusqu’au coup de fil de son rédacteur en chef: «Qu’est-ce qu’on fait, Enzo? lui avait-il demandé calmement. Nous sommes en effectifs réduits. Vous voulez que j’aille couvrir ces Promotions moi-même?» Que lui répondre? C’était un brave homme au fond. Enzo savait qu’ils avaient de la chance. Et il est vrai que son collègue à la plume poétique, qui adorait l’exercice annuel, était malade, cloué au lit. «Putain! quelle poisse.» Et tous ces enfants, 5485 cette année… Qu’est-ce qu’il y connaissait, lui, le célibataire endurci?

Heureusement, la plupart des maîtresses étaient jolies. La bonne nouvelle, c’est qu’on arrivait au bout. Plus que les discours officiels à écouter. Tout le monde avait chaud dans ce parc des Bastions. Les mômes commençaient à s’impatienter. Et ce maire qui n’arrivait pas. Mais qu’est-ce qu’il foutait Roger Panini, bon sang!

Roger Panini savait qu’il était en retard. Il marchait, courait plutôt pour arriver au parc des Bastions. Rien que de penser au discours qu’il devrait prononcer dans quelques minutes, il se sentait défaillir. Sa chargée de communication le lui avait préparé bien sûr, ce n’était pas le problème. Ça faisait des semaines qu’il ne dormait plus, qu’il ne mangeait plus. Malgré ses efforts, ça commençait à se voir. Il y avait déjà eu un article dans Le Quotidien de Genève qui se posait des questions, à mots couverts, sur son état de santé. C’était ce journaliste de la locale qui l’avait rédigé. Comment s’appelait-il déjà? Ah oui, Enzo Mazetti, un fouille-merde, comme les autres.

Pauvres enfants

S’il savait… S’il savait, sa rédaction en aurait fait la une et sa carrière serait faite. Les médias auraient eu de quoi se déchaîner tout l’été. Mais devait-il parler? Devait-il parler aujourd’hui? Jeter à la poubelle son discours des Promotions et lâcher le morceau, dans le lieu et au moment les moins adéquats? Pauvres enfants, pauvres petits, ils ne méritaient pas ça. Et pourtant, avait-il le choix? Le temps pressait. Il frissonna. L’angoisse le submergeait à nouveau comme une vague et son costume, si pimpant ce matin, pendait lamentablement.

Ce qu’Emilie avait vu

Emilie, 5 ans, en avait assez. Il y avait eu le cortège, elle avait bien ri dans son déguisement de colibri avec ses copines Zoé et Nora, qui s’étaient transformées en panthère et en baobab pour faire honneur au thème des Promotions: la jungle, cette année. Mais là, elle aurait voulu que ça se termine. Maman lui manquait. Maman qui n’était pas loin, qui attendait elle aussi que la fête finisse pour qu’elle puisse venir la chercher. Emilie avait tant de choses à lui raconter, à elle et à son petit frère, Colin, qui ne connaissait encore rien à la Fête des écoles.

Une voix dans le haut-parleur demandait aux maîtresses et aux enfants de patienter, on attendait Monsieur le maire, qui devait exceptionnellement prononcer un discours cette année. Un monsieur qu’elle avait vu en photo dans le journal, maman lui avait expliqué de qui il s’agissait. Il avait l’air très gentil. Toute à ses pensées, Emilie s’était éloignée vers le mur des Réformateurs. C’est drôle, se dit-elle, quelqu’un se baigne dans le bassin. Elle croyait que c’était interdit. Il en avait de la chance, il faisait si chaud. Elle s’approcha. Il était bizarre, cet homme tout habillé. Il lui rappelait le gentil monsieur dans le journal… Quelque chose clochait. Elle ressentit une peur immense. Elle courut vers Mlle Madeleine. «Maîtresse! Maîtresse! Au secours! Un monsieur flotte dans le bassin…»

Le maire est-il mort? A-t-il été assassiné? Quel terrible secret cache-t-il?

Son téléphone sonne, c'est Peter Baudet...

Christian Lüscher

Par Christian Lüscher
Dessins: Patrick Tondeux

Il est 17h. Ivo Caputan, chef de la Brigade criminelle, a fini ses valises. Il attend sa femme, Loraine, et ses deux enfants, Emilie et Colin, pour se rendre d’abord à l’aéroport, puis direction la Sardaigne, où il a dégoté un petit club de vacances au bord d’une plage cristalline proche de Villasimius, au sud de l’île. Ses vacances, il les mérite! Cela fait un peu plus de six mois que lui et deux de ses collègues traquent une organisation criminelle étrangère qui s’enrichit sur le trafic de migrants et qui semble avoir ses relais politiques à Genève, moyennant des paiements occultes sur lesquels Caputan enquête.

Il salive à l’idée de faire tomber des têtes. Et afficher au nombre de ses trophées celle d’un ou plusieurs politiciens lui plaît au plus haut point. Mais dans l’immédiat, ce qui le fait surtout rêver, c’est un verre de rosé italien bien frais, les pieds dans l’eau turquoise…

Pas de vacances, inspecteur!

Lorsque son téléphone sonne et que s’affiche le numéro du conseiller d’Etat Peter Baudet, il se doute déjà que ses vacances se conjuguent à l’imparfait. L’annonce de la mort du maire de Genève sonne le glas de ses dernières illusions.

Allez, Ivo, au boulot! Arrivé aux Bastions en quelques minutes, il embrasse et réconforte sa femme et ses enfants, qui se trouvent là à l’occasion de la fête des Promotions, puis vérifie que la scène du drame – du crime? se demande-t-il – a bien été sécurisée. L’air est brûlant, l’atmosphère est curieuse. Alors que piaillent d’innombrables et innocents marmots, les Réformateurs, imperturbables, semblent se moquer de la tragédie qui se joue à leurs pieds.

En vrai professionnel, Caputan fouille les poches du cadavre de Panini. Il y trouve un porte-monnaie contenant quelques rares pièces, mais pas de billet de banque. Il refrène un léger sourire: tout le monde savait à Genève que Panini était une serrure. On le disait aussi complètement fauché pour avoir investi ses rares économies et sa caisse de retraite dans une opération immobilière qui avait mal tourné et dont le promoteur n’était autre que son camarade de parti Pietro Bayonnette. Dans une autre poche, Caputan découvre un rond de bière gorgé d’eau sur lequel on peut encore lire: «Ephèse, Aysoluk Hotel, 13 ou 14 juillet?? EUR 15'000.- Anastasia/Boris.» A défaut de Sardaigne, ce sera la Turquie, se dit le policier, en pestant contre ce magistrat qui avait eu l’idée de mourir le jour de son départ en vacances.

Nez à nez avec Mazetti

12 juillet, aéroport d’Izmir. Caputan tombe nez à nez avec le journaliste Enzo Mazetti, le «pisse-copie» – comme il l’appelle – qui rôde autour de son dossier depuis trois mois! Mazetti explique qu’il enquête lui aussi sur le meurtre – car c’en est un, comme le rapport d’autopsie vient de le prouver – de Panini et que ses informateurs à la «Maison Poulaga» lui ont parlé du rond de bière. Caputan et Mazetti ne s’apprécient guère: ils ont chacun pour la profession de l’autre le plus grand mépris. Mais ils se rendent rapidement à l’évidence: chacun connaît de l’affaire des éléments que l’autre ignore. Ils décident donc de s’entraider, moyennant quoi Mazetti aura l’exclusivité de l’info, le fameux «scoop» qu’il pourra publier à la fin de l’enquête dans Le Quotidien de Genève.

La carte postale mystérieuse

Lorsqu’après quelques heures de bus, ils arrivent à la réception de l’hôtel Aysoluk, ils demandent si une chambre a été réservée au nom de Roger Panini. «Oui, répond celle qui semble être la patronne de l’hôtel, mais M. Panini a annulé il y a une semaine. Ce qui est étonnant, c’est qu’un homme et une femme se sont présentés hier à la réception et ont laissé une carte postale à son intention. Tenez, la voici.»

Caputan empoigne brutalement le bras de Mazetti qui, par réflexe, allait s’emparer de la carte postale. «Imbécile, ne la touchez pas, vous pourriez faire disparaître des éléments de preuve.» Avec une infinie précaution, Caputan se fait remettre la carte et il la saisit par la tranche. Il s’agit d’une photo du lac de Genève. Au verso, une inscription manuscrite: «Panta rhei. A+B.» Mazetti, qui a étudié le grec sous la houlette du professeur Andreas Hirst, reconnaît immédiatement la formule du philosophe présocratique Héraclite, qui signifie «tout coule». Comme le maire de Genève…

«Ils ont prononcé un seul mot: Panini...»

Martine Brunschwig Graf

Par Martine Brunschwig Graf
Dessins: Patrick Tondeux

«La femme et l’homme qui ont remis la carte postale n’ont prononcé qu’un seul mot: Panini, puis ils sont partis rapidement.» La femme du propriétaire n’est pas en mesure d’en dire plus ni de les décrire, au grand dam d’Ivo Caputan.

Au bar de l’hôtel Aysoluk, Enzo contemple son verre de raki, l’air faussement intéressé par l’aspect laiteux du liquide qu’il s’apprête à ingurgiter. En fait, toute son attention se fixe sur les bribes de conversation qui lui parviennent du hall… Le grand chef de la criminelle pédale dans la semoule!

Il est vrai que l’enquête menace de partir dans tous les sens. Et si cette piste turque n’était en réalité qu’une mise en scène pour brouiller les pistes? Pourquoi le maire aurait-il conservé dans sa poche les traces de son rendez-vous à l’hôtel Aysoluk alors même qu’il venait d’annuler la réservation qu’il avait faite une semaine auparavant? Et les prénoms d’Anastasia et de Boris, qui fleurent bon l’espionnage ringard façon KGB! Sans parler de la citation d’Héraclite… Tout coule, en effet, mais pas de source apparemment.

Nouveau meurtre à Genève

Enzo Mazetti en est persuadé, c’est à Genève qu’il faut poursuivre l’enquête… en commençant par examiner d’un peu plus près ce rond de bière. Jusqu’ici, les enquêteurs ne se sont pas intéressés à sa provenance, obnubilés qu’ils étaient tous par les annotations gribouillées au verso. Mais le recto, qu’il avait aperçu furtivement, lui était apparu bien familier. La sous-chope semblait provenir du Café du père Zoglu, haut lieu des petites intrigues de la République.

La nuit tombe au loin sur l’antique cité d’Ephèse. Ivo Caputan fait irruption dans le bar, en brandissant son téléphone qui n’a rien de smart. «On retourne immédiatement à Genève!» lance-t-il tout de go. «Aurait-il suivi le même raisonnement que moi?» se demande Enzo Mazetti pour le moins étonné, compte tenu de l’estime pour le moins limitée qu’il porte aux capacités de déduction du chef de la police criminelle.

«Un nouveau cadavre vient d’être découvert», clame à la cantonade le policier incrédule. A part Enzo et le propriétaire, qui vient d’apporter les mezzes, le bar est désert. Autant dire que son cri n’impressionne pas grand monde. «Aux grands maux les grands remèdes», lance Ivo Caputan en vidant d’une seule traite le verre de raki du journaliste.

Boire de l’alcool durant son service n’est pas dans les habitudes du chef de la criminelle, mais le geste a le mérite de le rendre un peu plus bavard. Enzo Mazetti apprend ainsi que la chargée de communication du maire – Sophie Landereux… la bien nommée – a été retrouvée sans vie, dans sa voiture, dans le parking de l’ancien Manège de la Vieille-Ville. «Voilà une place de parc qui ne va pas rester longtemps libre à voir le nombre de fonctionnaires qui rêvent d’en obtenir une dans ce lieu très prisé», relève ironiquement le journaliste.

Le discours du maire a disparu

Mais trêve de plaisanterie, le temps presse, il faut regagner Izmir et rentrer à Genève avec le premier avion du matin. Enzo Mazetti en profite pour partager avec le chef de la criminelle quelques-unes de ses réflexions. Ils ont tout intérêt à avancer dans l’enquête pour faire oublier à leurs chefs respectifs les frais engagés par leur voyage intempestif autant qu’inutile en Turquie. Un prêté pour un rendu, il en apprend à son tour davantage sur les premiers éléments de l’enquête concernant Sophie Landereux. La cause de la mort n’est pas encore totalement déterminée mais on a retrouvé, parmi les multiples objets que se doit de contenir tout sac à main féminin, une clé USB cryptée que personne n’a encore réussi à lire pour l’instant.

«Nous y voilà!» s’exclame Enzo Mazetti. «Je n’aurais jamais dû te suivre tête baissée et plutôt faire confiance à mon intuition», lance-t-il à Ivo Caputan. «On aurait gagné du temps et évité un voyage frustrant à plus d’un titre.» Le chef de la criminelle lutte entre agacement et curiosité, et celle-ci finit par l’emporter. «OK, lâche le morceau», murmure-t-il, dents serrées. Enzo Mazetti s’exécute, non sans malice. «Comment se fait-il que le discours que le maire devait prononcer n’ait pas été retrouvé sur son cadavre? Roger Panini détestait improviser.»

Leo Bartachat a posté 113 photos sur Facebook...

Antonio Hodgers

Par Antonio Hodgers
Dessins: Patrick Tondeux

Il était 15h25 lorsqu’Enzo Mazetti arriva enfin au rendez-vous qu’Ivo Caputan lui avait fixé au café du père Zoglu, en face de l’Hôtel de Ville. Il était en nage après avoir monté la Treille d’un pas pressé sous le soleil subsaharien qui frappait Genève depuis des semaines. Pris dans ses pensées, il manqua de bousculer le conseiller d’Etat Courtchamp. Balbutiant quelques mots d’excuse – comme la plupart des journalistes, il était toujours intimidé en présence de Courtchamp – il ne put s’empêcher de remarquer que le président du Conseil d’État était parfaitement frais dans son costume deux pièces et sa cravate impeccablement ajustée. «Nous ne sommes pas tous égaux face à la température…» conclut-il au regard de sa chemise marquée par la transpiration, avant de s’attabler face à Ivo.

Les 113 photos de Bartachat

«Tu es en retard…» lui lança le chef de la Crim’ en guise de salutation. En réalité, cet accueil cavalier cachait une estime croissante du détective envers le journaliste. «Oui, mais j’ai du nouveau!» répondit ce dernier dans un sourire complice. Il reprit: «En regardant de près les 113 photos que Leo Bartachat a postées sur Facebook pour illustrer les promotions de son fils, j’ai remarqué que l’on apercevait, à l’arrière-plan de trois d’entre elles, Roger Panini dans le parc des Bastions, quelques minutes avant sa mort.» Caputan ne put retenir un sourire en pensant au sentiment de triomphe qu’aurait Bartachat en apprenant que ses photos tant décriées pourraient peut-être servir à résoudre une enquête de police. «On l’aperçoit échanger avec deux femmes, poursuivit le journaliste. La première n’est autre que Sophie Landereux, sa chargée de communication décédée. La seconde m’est inconnue, mais peut-être que tes services pourront l’identifier.» Pour joindre le geste à la parole, Mazetti présenta son smartphone à Caputan et zooma sur l’inconnue; une jeune femme blonde. C’est alors que le garçon de café, Carlos, qui déposait au même moment les limonades, ajouta de son habituel air nonchalant: «C’est Anastasia.»

La gueule élastique suspectée

Émilie ne se sentait pas bien. L’homme qu’elle avait découvert flottant dans le bassin lors des promotions lui faisait encore un peu peur, bien sûr, mais en réalité, c’était autre chose qui ne cessait d’alimenter sa culpabilité. Elle avait omis de raconter un détail à sa mère, extrêmement choquée par l’événement, inconsciemment pour la préserver. Elle profita donc de ce week-end qu’elle passait avec son père pour lui révéler son secret. «Tu sais papa, juste avant qu’il se baigne, j’ai vu le gentil monsieur se faire gronder par le méchant monsieur derrière un arbre. En plus, il lui a piqué ses papiers!»

«Qui est ce méchant monsieur, ma chérie?» demanda doucement son père. «C’est celui qui a la gueule élastique», répliqua-t-elle en recoiffant sa poupée. Son père se remémora, attendri, que lorsque la chanson de Nicolet «le Gen’vois staïle» avait fait fureur dans les préaux, sa fille lui avait demandé ce qu’était une «gueule élastique». Il lui avait alors montré une photo dans le Quotidien de Genève du conseiller national et avocat d’affaires Cheslyn Rudegger. Comme nombreux à Genève, il estimait peu cet élu dont la démagogie n’avait d’égal que son narcissisme. De plus, il se murmurait qu’il trempait dans de sales affaires – sans néanmoins avoir jamais subi le moindre procès – mais sa gouaille bien locale lui valait étrangement de belles réélections. Il décida d’appeler le détective, qui deux semaines auparavant avait interrogé sa fille.

Ivo Caputan était euphorique, l’enquête avançait enfin! Le garçon de café du père Zoglu avait déposé son témoignage: depuis des semaines, Anastasia y prenait tous les matins son café de 8 h à 8 h 30, mais elle avait subitement cessé d’y venir le 26 juin, date des promotions… et du premier meurtre! Suite au témoignage d’Émilie, il avait pu confirmer que Rudegger était effectivement aux Bastions ce jour-là. Mais qu’avait-il dit à Panini? Qu’étaient ces «papiers» auxquels se référait l’enfant? Mais surtout, Caputan commençait à soupçonner qu’un lien existait entre ces meurtres et l’enquête qu’il menait en parallèle sur le trafic des migrants exploités dans certains immeubles du quartier de la Lulette et dont le propriétaire était justement défendu par Me Rudegger… Ce dernier rentrait de ses vacances en Sardaigne dans trois jours; Ivo aurait quelques questions à lui poser.

Ivo Caputan, le chef de la brigade criminelle...

Darius Rochebin

Par Darius Rochebin
Dessins: Patrick Tondeux

Ivo Caputan, le chef de la brigade criminelle, avait convoqué Cheslyn Rudegger à la première heure. Cette fois, pensait-il, il tenait la clé de l’énigme. Le policier était si impatient d’entendre la version du politicien qu’il ne s’embarrassa pas de techniques d’interrogatoire: «J’irai droit au but, Monsieur Rudegger. Le témoignage d’une petite fille présente à la fête des Promotions vous place maintenant au cœur de l’enquête. Peu avant la mort de Roger Panini, vous auriez eu un vif échange avec lui. On a ensuite retrouvé le cadavre de Panini dans un bassin du parc des Bastions.»

Rudegger, d’ordinaire impassible, se décomposait sous les yeux de Caputan. Il demanda si son nom avait déjà été mentionné dans les rumeurs qui circulaient en ville. Caputan s’emporta: «Je ne vous parle pas de votre réputation dans les dîners! Je vous parle d’un meurtre. Qui est l’assassin du maire de Genève?»

La formule grecque

Pour toute réponse, le politicien sortit de sa poche une feuille de papier froissée qu’il posa sur le bureau et balbutia: «Lisez.» En haut de la page, Caputan reconnut aussitôt la formule grecque qui figurait sur la carte postale adressée à Roger Panini en Turquie: «Panta rhei.» L’antique maxime d’Héraclite, «Tout coule», était-elle la signature de ces crimes? Venaient ensuite une liste de personnalités et ces quelques lignes qui semblaient tirées d’une mauvaise blague: «Nous vous avons choisi pour une expérience de meurtre gratuit. Chacun de vous y passera, tôt ou tard. Mais votre réaction devant la mort précipitera ou retardera au contraire l’échéance. Ceux qui garderont un secret absolu seront frappés en dernier, dans plusieurs années peut-être. Nous leur recommandons de se baigner, l’esprit léger, dans le grand fleuve de la vie. Ceux qui tenteront de résister seront abattus les premiers.» Le patron de la brigade criminelle fut pris d’une sueur froide: «Oh merde… Des cinglés. On a affaire à des cinglés!» Ivo Caputan essaya de se remémorer d’autres affaires de meurtres gratuits. En Italie, voilà plusieurs décennies, des étudiants avaient tiré d’une fenêtre de leur université, tuant un malheureux, choisi au hasard. Arrêtés peu après, ils avaient avoué vouloir tester le crime gratuit, et donc parfait, puisque dépourvu de tout mobile.

«Il m’a traité de trouillard»

Le scénario genevois semblait plus terrifiant encore. Panini était sur la liste fatale. Rudegger aussi. La fête des Promotions leur avait donné l’occasion d’en parler. «J’ai dit à Panini qu’il valait mieux se taire, expliqua Rudegger. On ne sait jamais ce dont est capable une secte ou un groupe satanique. Le maire s’est énervé et m’a traité de trouillard. Il m’a montré la lettre qu’il avait reçue, la même exactement, en m’annonçant qu’il allait déposer plainte le lendemain. Vous connaissez la suite…»

Le sang-froid de Peter Baudet

Caputan ne prit même pas la peine de prendre congé de Rudegger. Dix minutes plus tard, il était dans le bureau du conseiller d’Etat Peter Baudet, qui accueillit ces nouvelles dans un silence glacé.

A 37 ans, Baudet avait déjà une carrière fulgurante derrière lui. Beaucoup le voyaient déjà au Conseil fédéral. Cet esprit cartésien n’était guère préparé à une telle affaire. Il tenta d’afficher son sang-froid: «Cette histoire est délirante. C’est un mélange des Dix petits nègres d’Agatha Christie et d’ésotérisme mal digéré.» Lui-même ne figurait pas sur la liste mais n’en fit pas la remarque.

Il relut plusieurs fois les noms des personnalités désignées. Aucune ne s’était manifestée depuis la mort de Panini. Avaient-elles seulement reçu la lettre? L’avaient-elles jetée sans la lire, comme on peut faire d’un message anonyme? Ou étaient-elles encore hésitantes et inquiètes, comme l’avait été Cheslyn Rudegger?

Baudet donna ses consignes à Caputan dans le style martial qu’il affectait volontiers: «Faites vite. Prise de contact avec chaque victime potentielle. Protection policière. Tenez-moi informé heure par heure.» Le chef de la brigade criminelle regagna ses bureaux et donna les ordres en conséquence. Puis il alluma son ordinateur, ouvrit la page «Héraclite» sur Wikipédia et commença la lecture.

Et vint le temps des obsèques du maire...

Manuel Tornare

Par Manuel Tornare
Dessins: Patrick Tondeux

Et vint le temps des obsèques du maire, Roger Panini. Après avoir consulté la famille, les amis, les militants, les autorités, le comité central de son parti opta pour une cérémonie «laïque et citoyenne». La salle du Faubourg, dans le quartier populaire de Saint-Gervais, fut retenue. Elle accueillit autrefois tant de meetings politiques ou syndicaux de la mouvance du maire que ce choix parut comme une évidence aux militants. Des obsèques de thuriféraires du parti s’y étaient même déroulées au temps où il représentait une force électorale considérable, jusqu’à 27% après la guerre de 39-45! La salle, aux murs délavés et crapoteux (depuis des lustres, les pouvoirs publics restaurent mal leurs bâtiments), pouvait contenir 300 personnes.

Il fut décidé que la députée Saliva Flinguer, pasionaria du parti, féministe, ancienne styliste, la soixantaine, au verbe haut et fort, souvent accusatrice de talent, prononcerait l’hommage funèbre du maire; elle qui l’avait tant détesté (il avait volontairement freiné sa carrière!) prétendait, non sans raison, qu’elle était celle qui le connaissait le mieux, que sa parole porterait et que, face à cette mort atroce, l’unité du parti serait renforcée aux yeux du public et de la presse.

Saliva Flinguer fustige Baudet

La cérémonie débuta à 10 h. La famille, les amis, les militants et le public se répandirent dans la salle. Quant aux journalistes, on avait rarement vu cela à Genève lors de l’ensevelissement d’un maire: CNN, TF1, CCTV, TV Russie, BBC et même Darius Stonebath, le présentateur vedette de la RTS, en direct sur le trottoir en face de l’entrée du bâtiment, bien avant le début de la cérémonie. Il expliqua au monde (TV5 allant sans doute en rediffuser des extraits) pourquoi cet événement avait un tel retentissement. En effet, la mort, dans des circonstances non élucidées, du maire d’une ville siège des plus importantes agences onusiennes de la planète ne pouvait passer inaperçue.

L’inspecteur Ivo Caputan, chargé de l’enquête, se dissimula derrière une colonne des galeries. Il notait tout sur un petit carnet noir: les présents et surtout les absents, dont son chef, Peter Baudet. Il remarqua Enzo Mazetti, le journaliste, en face de lui, qui devait en faire autant, mais pour un autre usage!

Saliva Flinguer saisit avec fermeté un micro et commença, à son habitude, à lire tout doucement, cérémonieusement, un premier feuillet; puis la voix devint plus grave, le ton plus saccadé, elle accéléra le rythme et improvisa, une rage militante imprégnant ses paroles. Tout de noir vêtue, une étole rouge sang en pashmina sur ses épaules, le visage maquillé à l’extrême, elle enflamma les cœurs des militants dans un silence retentissant. «Monsieur Baudet, dit-elle, vous n’avez eu aucune compassion pour cette petite Emilie qui découvrit notre camarade dans un bain de sang! Monsieur Baudet, vous et vos services, vous traînez dans la recherche de la vérité. Que craignez-vous? Cessez de faire le paon, agissez dans cette affaire en fin limier!» Le public se figea.

Ivo Caputan pensa que Saliva Flinguer avait offert au public à la fois un meeting, des revendications et des obsèques. Quand soudain son iPhone vibra. Il sortit et marcha en direction du temple de Saint-Gervais. C’était Ramsy Lang, son bras droit. Qui lui apprit que la voirie municipale avait décroché à 5 h du matin la sacoche Freitag du maire, suspendue comme un trophée provocateur en haut de l’œuvre de Markus Raetz, à la place du Rhône. On ne pouvait imaginer le maire sans cette sacoche, étendard de bien des bobos anarcho-écolo-syndicalistes.

L’étrange lettre de Craputof

Ramsy commença à en énumérer le contenu. Le discours du maire, avec quatre feuilles blanches! L’angoisse de la feuille blanche l’aurait-il mené au suicide? Non, pas un pro de la politique comme Panini, pensa Caputan. Il y avait aussi une photo de Panini avec Sophie Landereux, dans un restaurant d’Ephèse: elle était donc d’une dévotion un peu trop débordante… Et surtout une virulente lettre, en français approximatif, adressée au maire par le fils d’un oligarque multimillionnaire d’une république de l’ex-URSS, le Kousoustan; un certain Micha Craputof, connu de la police pour ses frasques, habitant à Cologny, habitué du Lara Club et se vantant de payer les campagnes électorales de nombreux politiciens conservateurs.

Caputan se souvint d’avoir vu une séquence de l’émission de la RTS Mise à l’index montrant quelques députés genevois, dont un ancien rédacteur en chef du Quotidien de Genève, sirotant un verre sur la terrasse du jeune désœuvré. Panini aurait-il reçu de l’argent de ce jeune freluquet? Ivo se souvint également que Cheslyn Rudegger était l’avocat de Craputof.

Il est vrai que Panini avait voulu faire cavalier seul aux dernières élections en se passant de l’aide du plus important parti de sa coalition, qu’il avait failli boire la tasse, que sa campagne avait plongé son parti dans un gouffre financier! Des indices enfin, mais comment démêler cette pelote? Caputan pensa que Baudet allait certainement hurler et exiger d’accélérer le rythme des investigations…

Caputan avait raison de craindre Baudet...

Marc Bonnant

Par Marc Bonnant
Dessins: Patrick Tondeux

Caputan avait raison de craindre la réaction de Baudet. Celui-ci était de bien méchante humeur. Colère froide. Quelques journalistes, par vocation nocifs, déjà mettaient en cause l’efficacité de ses services. Il intimera donc à Caputan d’accélérer son rythme.

Baudet avait certes été affecté par la mort de Panini, mais sans excès. Il l’aimait bien. Toutefois, la disparition d’un homme de gauche, pensait Baudet, est un drame pour ses proches, sans doute, mais sans grande importance: l’horizon politique toujours s’éclaircit.

Un autre sentiment agitait Baudet. La mort mystérieuse de Panini avait transformé sa vie en destin. Il n’était que d’entendre les propos exaltés de telle suffragette rouge et révolue lors de l’enterrement du maire pour entrevoir la place qu’il prendrait. Parce que mort, Genève l’honorerait. Baudet craignait, rageant, que le nom du maire fût donné à une impasse de la Rive droite avant qu’un quai ne portât le sien.

Les interrogations de Caputan

Caputan, lui, était très amer. Depuis la mort de Panini, il avait dû renoncer à des vacances avec la femme aimée et travailler sans halte ni répit. Ce n’est pas pour cela qu’il avait choisi la fonction publique. Caputan ressasse ce qu’il sait: Panini est retrouvé mort dans un bassin au parc des Bastions. Ceci après avoir annulé une réservation pour deux personnes au Aysoluk, un hôtel d’Ephèse, où il avait rendez-vous, selon l’inscription retrouvée sur un rond de bière, avec un certain Boris et une certaine Anastasia. Cette même Anastasia qui, selon le serveur du café Le Père Zoglu, prenait tous les matins son petit-déjeuner sur sa terrasse mais avait, depuis la mort de Panini, disparu.

Et puis il y avait aussi la mort mystérieuse de Sophie, la chargée de presse de Panini, qui, manifestement, était sa maîtresse. Souvent les hommes de pouvoir ont une forte libido. Leurs assistantes, reconnaissantes, l’exaucent. Sophie et sa clé USB cryptée que personne n’arrivait à déchiffrer; Sophie dont on savait, par l’examen des photos prises par Bartachat, qu’elle avait une relation avec Anastasia.

Que savait-il encore? Que Panini avait connu d’importants revers financiers, incité à la spéculation par son camarade de parti Bayonnette; que sa dernière campagne électorale avait laissé financièrement le parti exsangue et qu’il aurait à rendre des comptes. Panini se serait-il suicidé pour éviter le déshonneur d’une faillite? Peu probable, se dit Caputan, la vulgarité des temps n’y incite plus.

Panini a donc été tué. Mais par qui? Caputan avait suivi la piste du meurtre gratuit, concept surréaliste ou gidien (Caputan, bien que fonctionnaire, avait des lettres), mais sans succès. Aucune des personnes figurant sur la liste des cibles n’avait admis avoir reçu la lettre de menaces portant la formule Panta rhei, celle-là même qui, accolée aux lettres A et B, était inscrite au dos de la carte postale remise à la réception de l’hôtel d’Ephèse par deux inconnus à l’attention de Panini, lequel, sa réservation annulée, ne viendra pas. Panta rhei, formule héraclitéenne savait désormais Caputan, grâce à Wikipédia, qui dit que la vie est dérisoire.

Le testament de Panini

Caputan souffrait d’un début de migraine. Il avait eu l’intuition que la mort de Panini pouvait être liée au trafic de migrants sur lequel il enquêtait parallèlement. Mais rien ne venait l’étayer, hors la dispute entre Panini et Rudegger constatée par Emilie, avant qu’elle ne découvrît le corps du maire. Et le fait que Rudegger était par ailleurs l’avocat d’un d’oligarque colognote, Boris Craputof (Boris, prénom figurant sur le rond de bière), propriétaire d’immeubles dans le quartier de la Lulette qui abritait quelques descendants de Cham déversés sur Lampedusa par la Méditerranée. Lang, le bras droit de Caputan, avait retrouvé dans la sacoche du maire une lettre virulente écrite par Micha, le fils de Boris. On y lisait la colère plus qu’on n’en comprenait le sens.

La migraine de Caputan s’aggravait. Et voilà qu’un appel téléphonique lui apprend que l’on vient de retrouver le corps dénudé et souillé d’Anastasia dans une clairière près de La Pâquerette.

Caputan sait qu’il ne s’en sortira jamais. Il se met à penser à une retraite anticipée.

Son assistant vient interrompre cette rêverie. Dans la sacoche de Panini, outre la lettre de Micha, il a trouvé une enveloppe scellée avec l’indication: «Ceci est mon testament, mes dernières volontés et mes raisons.»

Caputan l’ouvre et se met à lire…

Fébrile, Ivo Caputan ouvre le testament…

Lorella Bertani

Par Lorella Bertani
Dessins: Patrick Tondeux

Fébrile, Ivo Caputan, le chef de la Criminelle, ouvre le testament de Panini et se met à lire. «Depuis que mon médecin m'a annoncé que je n'avais plus que six mois à vivre, je me suis décidé: si je dois couler, alors que tout, et tous, coulent avec moi. Panta rhei au sens propre du terme, je n'aime pas la philosophie. Le monde doit savoir toute la vérité. Depuis nos plus jeunes années Baudet et moi avons été recrutés par la CIA pour détruire la place financière suisse. On a joué aux dés nos infiltrations politiques. Il n'a pas été content, il a reçu la droite. Il râlait, il disait que c'était moins amusant. On en a fait de belles, lui et moi, nous engueulant par devant et complotant par derrière. Et on s'est plutôt bien débrouillés: UBS, Swissleaks, HSBC, etc. J'ai aussi réussi à faire couler la gauche et mon parti, mes patrons yankees ont été ravis. Comme il était hors de question que le monde me voie dépérir, je me suis tourné vers mon vieil ami Boris Craputof (ex-KGB) et sa maîtresse Anastasia. Ils avaient ce qu'il me fallait: l'élégant Marco Nanbo (dit le bâton), le meilleur tueur à gages sur le marché. L'affaire était dans le sac.»

«Ils vont tous plonger avec moi»

«Ma mort sera spectaculaire et j'aurai droit à un bel enterrement médiatique. Evidemment, Nanbo et moi, on a fait ce qu'il fallait pour consteller ma mort d'indices inutiles pour que la police y perde son latin (ou son grec). Je sens que je vais bien rire en voyant la tête de Rudegger, qui a reçu ma lettre lui annonçant sa mort. En revanche, je regrette de ne pas pouvoir être là pour voir la police s'échiner en vain en Turquie. Maintenant, j'attends que Nanbo fasse son travail, je n'ai plus aucun discours à préparer. Je suis désolé que cela doive se passer aux Promotions, mais c'était la seule date possible pour Nanbo.

Personne n'héritera. Je veux que le joli bas de laine bien rempli que j'ai fait évader au Delaware soit versé à l'association pour la complainte du phoque en Alaska. Mais je ne partirai pas seul. Ils vont tous plonger avec moi.»

Caputan lut avec effarement et angoisse les 10 pages qui suivaient: des noms, des scandales, toutes les affaires qu'il n'avait jamais réussi à démêler, le trafic de migrants, le blanchiment, les magouilles et la corruption, tout était expliqué, détaillé. Panini précisait: «Toutes les preuves de mes dires se trouvent dans la clé USB ci-jointe qui, elle, n'est pas cryptée. Cette fouineuse de Sophie, qui profitait de mon penchant pour elle, avait copié mes données sur sa propre clé pour me faire chanter. Subrepticement je l'ai cryptée.»

Caputan transpirait de plus en plus. Il tenait de quoi faire sauter son chef et toute la République avec…

Un tueur aux Bahamas

Au même moment, aux Bahamas, couché sur un transat, le sémillant Marco Nanbo sirotait un Cosmopolitan tout en reluquant d'un œil égrillard le joli corps musclé du maître nageur. Il était content, il aimait le travail bien fait. En plus, ici, il aurait du pain sur la planche, la région était bourrée de gens riches rêvant d'éliminer leurs ennemis. Tout à sa plénitude sereine, Nanbo ne pouvait pas s'empêcher de ressentir un picotement à l'occiput, l'ombre d'un doute l'étreignait. Mais non, se rassura-t-il, aucun danger que l'on remonte à moi: le commanditaire est mort et l'intermédiaire Anastasia aussi. L'encombrante Sophie, qui fricotait avec Anastasia chez Zoglu, se taira pour toujours. Ce n'était pas prévu au départ, mais je n'aime pas prendre de risques. Quant à Boris, aucun souci, il a trop souvent recouru à mes services pour me balancer. Nanbo se remit à rêvasser du maître nageur, pourtant le picotement était toujours là.

Pendant ce temps, à Genève, Caputan suait à grosses gouttes.

Que faire? Brûler ce brûlot? Le déchirer façon confetti? Puis il vit des post-it au verso d'une page. Panini avait écrit: «Celui qui se croit malin en détruisant mon testament, est ici averti. Dès qu'une rue de Genève portera mon nom, mon notaire enverra ce texte et la clé USB à tous les médias de la planète.»

Caputan eut un sourire en coin. Il effaça toutes ses traces. Il mit le testament et la clé dans une enveloppe sur laquelle il apposa une adresse d'une écriture falsifiée. Son désormais pote, le journaliste Enzo Mazetti, aurait enfin le scoop de sa carrière.

Textes: Catherine Focas avec Laurence Bézaguet et Marc Bretton - Christian Lüscher - Martine Brunschwig Graf - Antonio Hodgers - Darius Rochebin - Manuel Tornare - Marc Bonnant - Lorella Bertani
Dessins: Patrick Tondeux
Réalisation: Newsexpress, Paul Ronga
Direction artistique: Sébastien Contocollias
Direction du projet: David Haeberli